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L'empereur derrière la charrue


La bonne volonté est certes une condition préalable, mais elle ne suffit pas à elle seule.

Joseph II de Habsbourg-Lorraine, archiduc d'Autriche-Lorraine (13. 3. 1741 - 20. 2. 1790), est l'une des figures souveraines les plus intéressantes, mais aussi les plus contradictoires du XVIIIe siècle. Il fut également empereur du Saint Empire romain germanique de 1765 à 1780.

Sa mère était Marie-Thérèse d'Autriche (13. 5. 1717 - 29. 11. 1780), héritière du trône à partir de 1740 de l'empire instable, multilingue, multiethnique et multiculturel des Habsbourg, qui comprenait l'Autriche, la Styrie, la Carinthie, la Carniole, le Tyrol, la Hongrie, la Bohême, les archevêchés catholiques de Cologne, Mayence et Trèves, des parties différentes et variables de l'Italie et les Pays-Bas autrichiens (à peu près la Belgique d'aujourd'hui).
Son père était François-Étienne Ier de Lorraine (1708-1765) ; à partir de 1745, il devint empereur du Saint Empire romain germanique sous le nom de François Ier.
Joseph II avait 15 frères et sœurs, dont certains sont morts en bas âge. Parmi les survivants, certains étaient d'une importance historique :
Léopold II d'Autriche-Lorraine (1747-1792), successeur de Joseph II, 1790-92 empereur du Saint Empire romain germanique.
Maria Karolina d'Autriche-Lohringen (1752-1814), reine de Naples-Sicile à partir de 1768.
 Marie-Antoinette d'Autriche-Lorraine (1755-1793), dauphine de France en 1770, reine de France à partir du 1er mai 1774.

C'était une époque difficile, où les philosophes des Lumières remettaient tout en question, de la monarchie à l'Église. Les formes de gouvernement des princes hésitaient encore entre la conception baroque du pouvoir d'un Louis XIV de France (1638-1715) et les modèles des Lumières. Le prestige des églises était ébranlé, ce qui ne faisait que les inciter à lutter par tous les moyens pour conserver leur pouvoir.

L'économie était essentiellement basée sur l'agriculture, l'artisanat et le commerce, avec un peu d'exploitation minière et quelques manufactures ; souvent ébranlée par les guerres, les mauvaises récoltes, la famine et les épidémies. L'important était surtout la main-d'œuvre humaine, et les nombreux serfs n'avaient qu'un statut à peine meilleur que celui des esclaves de l'Antiquité.
La population fortement réduite par la guerre de Trente Ans (1618-1648)[je] prenait lentement du poids et ne savait souvent pas comment se nourrir.[ii]
Le commerce à longue distance a apporté une certaine détente dans les pays coloniaux comme l'Angleterre, la France, les Pays-Bas et l'Espagne. Ces États ont pu déporter une partie de leur population croissante outre-mer et exploiter leurs colonies.
Sans que les contemporains - en particulier la noblesse sans discernement - s'en rendent compte, leur économie féodale et exploiteuse a atteint ses limites. Il y eut de nombreuses turbulences qui conduisirent à des révolutions vers la fin du 18e siècle. On peut discuter longtemps pour savoir si ce sont les théories des philosophes qui ont déclenché les révolutions ou les contraintes économiques telles que le manque d'énergie, les mauvaises récoltes, la pénurie de ressources, les épidémies, la faillite de l'État, les caprices de la météo[iii] et une mauvaise gestion. Ou jouaient-ils tous ensemble ?
Seule la révolution industrielle, qui a débuté dès le milieu du 18e siècle en Angleterre, a permis de repousser les limites énergétiques et d'amorcer une croissance économique jusqu'alors inimaginable.

Malgré de nombreuses difficultés, le grand empire des Habsbourg sous Marie-Thérèse s'est offert, sur les modèles espagnol, romain et français, une cour gonflée et luxueuse :
"Sous Marie-Thérèse et son galant époux, François de Lorraine, la cour de Vienne... prit une forme très brillante et le château et les palais de plaisance impériaux devinrent le théâtre de carrousels bruyants, d'opéras, de ballets et de bals, auxquels deux mille invités étaient souvent conviés. Mais la cour coûtait aussi chaque année en tout six millions de florins.[iv]. L'ameublement de la salle à manger impériale s'éleva à 90 000 florins, le service de table en or massif pesait 4,5 quintaux ; chacune des cinquante-huit assiettes avait coûté 2 000 florins, l'ensemble 1 300 000 florins. Chaque année, 12.000 cordes de bois étaient utilisées à la cour.[v] Du bois a été brûlé, 2200 chevaux se trouvaient dans les écuries. Lors de ses sorties, l'impératrice aimait s'offrir des ducats de Kremnitz.[vi] pour les jeter hors de la voiture aux mendiants de gauche et de droite. Leur prodigalité, qui, avec la naïveté d'une souveraineté absolutiste, considérait les bourses de leurs sujets comme les leurs, fut imitée avec zèle par l'aristocratie, et une rage de jouer s'empara notamment des femmes de la noble société..." (3, S. 346).

L'héritier désigné du trône
Après trois sœurs aînées, dont deux sont mortes en bas âge, l'héritier tant attendu, Joseph II, voit enfin le jour en 1741.
Dès son plus jeune âge, il était conscient de son importance en tant qu'héritier du trône.
Il reçut une éducation variée qui, grâce à l'influence de son père, n'était pas uniquement laissée aux jésuites. Ainsi, dès son plus jeune âge, Joseph découvre les idées des Lumières et lit - au grand dam de sa mère - les principaux écrits des Lumières qui l'influenceront toute sa vie.
Outre l'enseignement de la justice, de l'armée, de la politique, des langues, de l'instruction civique, etc. nécessaire à un héritier du trône, l'entraînement physique, par exemple l'escrime et l'équitation, jouait également un rôle.
"Le souverain...a reçu une éducation contradictoire. Ses éducateurs étaient d'une part des hommes d'Eglise, ... d'autre part des esprits libres français .... Par ailleurs, un groupe de professeurs... a inondé le jeune monarque de connaissances et de conseils. Le résultat de cette éducation contradictoire et généralement superficielle fut un jeune homme ambitieux qui avait pour idéal de tout améliorer dans son pays". (5, S. 474).
Le problème typique de la formation des politiciens, y compris aujourd'hui : faut-il connaître presque tout de manière superficielle, ou vaut-il mieux approfondir un domaine spécifique ?

À l'âge de vingt ans, Joseph présenta à sa mère un mémoire qui anticipait déjà les principaux points de son futur programme de réforme et qui était fortement influencé par les idées des Lumières.
Sous la bigote Marie-Thérèse, il y avait déjà eu des tentatives prudentes de réforme, comme l'abolition de certains jours fériés et de la torture, mais elles étaient loin d'aller aussi loin que les pensées de son fils.
En effet, l'objectif de Marie-Thérèse était avant tout de transformer l'Autriche fédérale, avec ses pays de la couronne presque autonomes, en un État unitaire centralisé. Pour cela, de nombreux privilèges devaient être supprimés. Ce fut la naissance de la fonction publique et de la bureaucratie, qui ont contribué de manière non négligeable à ce que l'État pluriethnique des Habsbourg puisse se maintenir jusqu'au 20e siècle. Malheureusement, il existait déjà une police secrète. (3. S. 346).
L'estime de Joseph II pour Frédéric II de Prusse (1712-1786), l'un des rares monarques éclairés qu'il a rencontré à deux reprises, était difficile à supporter pour Marie-Thérèse, qui voyait dans le roi de Prusse un "méchant homme".

En tant que corégent
Après la mort de son père (1765), Joseph II devint corégent aux côtés ou sous les ordres de sa mère, la très respectée impératrice Marie-Thérèse, qui présidait au milieu de sa cour hypertrophiée dans l'un des plus grands châteaux baroques (la résidence d'été de Schönbrunn). Son entourage était surtout composé de courtisans qui voyaient tout à travers les lunettes de la noblesse, ne savaient pas grand-chose de la vie des paysans, des artisans, des commerçants, des serfs, des soldats - de loin la plus grande partie de la population - et ne s'intéressaient pas aux efforts et à la détresse des pauvres.
Joseph II devait être introduit lentement dans les affaires du gouvernement. Au début, il n'avait pas beaucoup de possibilités de décision et ses idées "modernes", comme la tolérance religieuse, provoquaient des tensions avec sa mère, très catholique. En effet, depuis la guerre de Trente Ans (1618-1648), les Habsbourg avaient été le fer de lance de la Contre-Réforme.

Peut-être pour éviter les dissonances avec sa mère, Joseph II a réussi à s'échapper du cérémonial de la cour, à voyager incognito à travers le pays et à découvrir de près la vie de la majorité de ses sujets. Ses voyages ne l'ont pas seulement mené dans les terres des Habsbourg, mais bien au-delà, dans une grande partie de l'Europe, de la France et de l'Italie à la Russie. Dans les conditions de circulation de l'époque, il s'agissait d'une entreprise tout à fait éprouvante.
Il a vu la souffrance des gens simples, qui l'a profondément touché.
Lorsqu'en août 1769, en Moravie, il dut descendre de son carrosse à cause d'une roue endommagée, il prit lui-même en main une charrue dans un champ voisin et y traça un sillon. La nouvelle s'est vite répandue. L'"empereur en paysan" devint un symbole de proximité avec le peuple, et la "charrue de Joseph" devint une relique pour le musée.
En 1777, il arrive enfin à Paris, la métropole la plus brillante d'Europe, pour rendre visite à sa sœur préférée, Marie-Antoinette, et à Louis XVI, le couple royal français, à Versailles.
A la surprise générale, Joseph II prit ses quartiers dans la ville de Paris afin d'apprendre quelque chose de la "vraie vie" des gens. Les Parisiens étaient enthousiastes à son égard. En 1784, il fit construire l'hôpital général de Vienne, le plus moderne de l'époque.
Joseph II n'a malheureusement pas réussi à convaincre son beau-frère, Louis XVI, qu'il devait lui aussi sortir du cérémonial pétrifié de la cour et voir quelque chose de la vie du peuple. Ainsi, Joseph II ne put que mettre en garde ce dernier contre une révolution qui, du point de vue de Joseph II, semblait inévitable si des réformes n'étaient pas entreprises à temps.
Dans les gouvernements européens, personne n'a apparemment reconnu l'importance de la lutte américaine pour la liberté, avec sa déclaration d'indépendance de 1776. Pourtant, cette guerre des futurs Etats-Unis contre l'Angleterre aurait probablement échoué sans l'aide efficace de la France.

La vie privée de Joseph II fut malheureuse. Sa première femme, Isabelle de Parme, qu'il aimait beaucoup, est décédée après seulement trois ans de mariage.
Sa fille bien-aimée, prénommée Marie-Thérèse, n'a vécu que sept ans.
Un mariage avec Marie-Joseph de Bavière, nécessaire pour des raisons dynastiques, fut discordant et se termina après seulement deux ans par le décès de Marie-Joseph.
Par la suite, Joseph II ne s'est plus laissé imposer d'autre mariage.

En tant que souverain absolutiste éclairé, trop en avance sur son temps
Lorsque Marie-Thérèse mourut en 1780, sincèrement pleurée par son fils Joseph qui l'avait aimée malgré tous ses désaccords, Joseph II devint le souverain du difficile grand empire des Habsbourg.

Sur le plan de la politique étrangère, il n'a pas réussi à étendre ou à consolider son empire. Les vanités nationales et les tensions politiques entre les États qui faisaient autorité sur le continent - la France, les Habsbourg, la Prusse, la Russie, la Turquie - étaient toujours aussi fortes.
Un éventuel rattachement de la Bavière en échange des Pays-Bas habsbourgeois échoua à cause de la Prusse, qui ne voulait pas tolérer une telle extension du pouvoir de l'Empire habsbourgeois et menaçait de faire la guerre. Les conditions économiques des possessions hétéroclites des Habsbourg ne permettaient pas de mettre sur pied une armée capable de faire face aux Prussiens (en tant que pays beaucoup plus petit).
Joseph II n'était pas non plus un commandant surdoué, mais un réformateur convaincu.

Les principales réformes qu'il a entreprises
* Abolition du servage. Au grand dam de la noblesse, qui perdait des revenus.
* Officiellement, Joseph II était "vicaire du Christ", "intercesseur de l'Église chrétienne" et "protecteur de la Palestine" (1, p. 198) ; mais il décréta la liberté religieuse, y compris pour les juifs (édit de tolérance), et un contrôle de l'Église par l'État.
Ces mesures incitèrent le pape Pie VI à prendre la mesure inhabituelle de quitter l'Italie en février 1782 et d'intervenir personnellement à Vienne. Il fut reçu poliment, mais ne put rien faire.
* Suppression des monastères qui ne soignaient pas les malades et ne géraient pas les écoles. Cela concernait une grande partie des quelque 1.500 monastères d'hommes et 500 monastères de femmes d'Autriche. (3, S. 344).
* Les écoles primaires, les écoles de filles, les lycées et les universités ont été encouragés. Les universités devaient former en particulier les fonctionnaires. La formation des médecins militaires a également été encouragée.
* Suppression des jours fériés et des processions. Marie-Thérèse avait déjà supprimé quelques-uns des quelque 150 jours fériés ; plusieurs autres ont suivi. Souvent au grand dam de la population fidèle à l'Eglise.
L'"éthique protestante" du travail[v] a augmenté le rendement du travail, notamment en supprimant de nombreux jours fériés. La supériorité de l'économie du Nord protestant sur celle du Sud catholique ne pouvait pas être niée ; il fallait réfléchir à des contre-mesures.
* Dans le système judiciaire, il y a eu des réformes du droit pénal et civil, des codes de procédure, etc. La peine de mort a été abolie.
* Suppression des droits de douane intérieurs au profit de droits de douane élevés à l'importation.
Cette mesure a permis aux fabricants locaux de vendre des produits de moins bonne qualité à des prix plus élevés et a provoqué des tensions avec les pays voisins.
* Abolition des règlements des corporations datant du Moyen-Âge, qui entravaient le développement industriel.
Joseph II s'opposa à la multiplication des machines, de peur qu'elles ne privent "des milliers de personnes de leur gagne-pain." (1, S. 196).
* Pour favoriser la circulation du capital, l'interdiction de l'intérêt a été levée et un banquier juif a été anobli en tant que baron.
* En tant que partisan de la physiocratie[viii] Joseph II ne voulait plus taxer que la propriété foncière.
Pour ce faire, il a fallu procéder à un remembrement complet de tout l'empire.
Selon cette nouvelle loi, un paysan devait conserver 70 % de sa production ou de son revenu, en verser 12 % à l'État et partager le reste entre les taxes féodales et la dîme ecclésiastique.
Auparavant, il devait payer environ 34 % à l'État, 29 % au propriétaire foncier et 10 % à l'Église, ce qui ne lui laissait que 27 %. (1, S. 198).
Les nobles ont protesté, une révolte ouverte a éclaté en Hongrie contre ce projet.

Les réformes de Joseph II ressemblaient à une révolution venue d'en haut. Elles s'opposaient aux coutumes traditionnelles, aux privilèges de la noblesse et aux anciens droits des patriciens, des corporations et des marchands. Des Pays-Bas à la Hongrie, il existait de grandes différences culturelles, juridiques et traditionnelles, et l'ordre impérial uniforme voulu par Joseph II se heurta à de nombreuses protestations et provoqua même des soulèvements.

Tout semblait se retourner contre lui à la fin :
La Hongrie était en rébellion ouverte contre les édits de Joseph II et réclamait l'indépendance. Aux Pays-Bas autrichiens, la révolte grondait. La destitution de Joseph II fut exigée et les "sept provinces" des Pays-Bas autrichiens déclarèrent leur indépendance.

Les États-Unis étaient devenus une nation indépendante et démocratique. En France, c'était la révolution depuis 1789. Tout l'ancien monde qu'avait connu Joseph II semblait s'écrouler.
Il n'a pas eu à assister à l'exécution de sa sœur et de son beau-frère, le couple royal français, ni à l'ascension de Napoléon.

Joseph II était en mauvaise santé depuis des années ; il se surmenait dans son zèle réformateur. Il commençait maintenant à souffrir sérieusement et sentait sans doute la mort venir. Pressé par son frère Léopold, successeur désigné, Joseph II abandonna toute résistance. Le 30 janvier 1790, il révoqua toutes les réformes ordonnées depuis la mort de Marie-Thérèse, à l'exception de l'abolition du servage.
 Il est mort le 20 février 1790.

Son frère Léopold II lui a succédé.
"Incapable de pacifier les barons hongrois, Léopold révoqua l'octroi de la liberté aux serfs. En Bohême et en Autriche, la plupart des réformes furent maintenues. Les édits de tolérance ne furent pas révoqués, les monastères fermés ne furent pas autorisés à revenir, l'Eglise resta soumise aux lois de l'Etat. La législation économique avait libéré le commerce et l'industrie et leur avait donné une impulsion durable. L'Autriche effectuait sans révolutions sanglantes la transition d'un État médiéval vers un État moderne et participait à la vie culturelle variée du XIXe siècle". (1, S. 214).

Conclusion
Joseph II avait une conception du pouvoir remarquable pour un souverain autocratique du XVIIIe siècle : il partait des Personnes Il a vu les souffrances, les soucis et les problèmes de ses sujets et a voulu alléger leur fardeau. Une entreprise difficile, presque utopique, dans le contexte économique, politique et social de l'époque.
Même aujourd'hui, dans des conditions très différentes, il n'est pas rare que même dans les démocraties, on parle encore de la "démocratie". État Il s'agit de stabiliser l'État, d'élargir sa sphère d'influence et de renforcer son emprise. L'intérêt général doit s'effacer devant les objectifs de l'État, et le slogan "Prospérité pour tous" (Ludwig Erhard) est oublié. S'ensuivent régulièrement une bureaucratie galopante, une frénésie réglementaire et des restrictions de la liberté individuelle.
Une industrie de la propagande hypertrophiée doit ensuite convaincre les électeurs que tout cela sert leur bien-être.

Joseph II est entré dans l'histoire comme un réformateur clairvoyant qui voulait trop, trop vite. En effet, il n'a pas réussi - malgré toute sa bonne volonté et son exemple personnel - à enthousiasmer ses peuples pour ses multiples réformes.
Les enfants sont encore - presque comme au Moyen Âge - essentiellement "guidé par la tradition" La majorité était attachée aux traditions. La noblesse, l'Église, les commerçants et les corporations tenaient à leurs "anciens droits" souvent compliqués. Ils ne voulaient pas reconnaître que beaucoup de choses étaient dépassées et faisaient obstacle à une évolution.
la "à direction interne"Ouvert à la "pensée nouvelle", Joseph II, qui n'était malheureusement pas en bonne santé physique, se sentait pressé par le temps et se surmenait. En toute bonne volonté, il imposa ses convictions avec le pouvoir qui lui était donné, afin de servir le bien-être des personnes qui lui étaient confiées.
L'"ancienne pensée" et le "nouveau savoir" s'affrontaient sans se comprendre.

Voici une appréciation résumée de la personnalité complexe de Joseph II par un historien encore relativement proche de lui dans le temps, qui a dû fuir l'Allemagne après la révolution de 1848/49 :
"Joseph menait un mode de vie simple et actif. Il n'était ni gourmand dans la nourriture, ni cynique dans l'habillement, comme Frédéric[ix]. Il n'y avait jamais plus de six bols à sa table et il buvait très rarement du vin. Lorsqu'il ne portait pas l'uniforme d'un de ses régiments, il était vêtu d'une simple jupe de couleur sombre. Il réduisit de moitié la cour de sa mère et se contenta de dépenser un demi-million de florins par an, au lieu de six millions comme elle. Il aimait la musique, notamment la musique allemande, et jouait du violoncelle. Il tenait en haute estime Mozart qui, sous son règne, composa ses magnifiques œuvres musicales...
La précipitation avec laquelle son tempérament sanguin et colérique a permis à l'empereur de mettre en œuvre ses plans de réforme a fait échouer ces derniers...
Seule sa volonté était pure et sérieuse, son enthousiasme pour l'éclaircissement et le bonheur des peuples était sincère. Malgré tous les malheurs qui ont poursuivi ses efforts, c'est lui qui a entrepris d'arracher l'Autriche au marasme hispano-médiéval et de la mettre en relation avec le mouvement des temps modernes".
(3, page 362).

Son tombeau est un simple cercueil, pas une somptueuse construction baroque.

Sur le monument de Joseph II à Vienne, on peut lire avec justesse
"Saluti publicae vixit non diu sed totus".
(Il a vécu pour le bien commun, pas longtemps, mais entièrement).

Littérature:
(1) Durant, Will : "Kulturgeschichte der Menschheit" Volume XXX, Editions Recontre Lausanne, sans date.
(2) Reinalter, Helmut : "Joseph II", C. H. Beck, Munich, 2011.
(3) Scherr, Johannes : "Deutsche Kultur- und Sittengeschichte", Agrippina, Wiesbaden, sans date.
(4) Zierer, Otto : "Neue Weltgeschichte", Fackelverlag, Stuttgart, o. J.
(5) Zierer, Otto : "Kultur- und Sittenspiegel" (Miroir de la culture et des mœurs), volume III, Fackelverlag, Stuttgart, sans date.
(6) "Joseph II - Kaiser und Rebell", téléfilm en coproduction de ORF III et ZDF-arte, diffusé le 15. 4. 2022 sur arte.


[je] La population de l'Autriche, de la Hongrie et de la Bohème est passée de 18 700 000 en 1780 à 21 000 000 en 1790 (1, p. 198).

[ii] Lire à ce sujet "Pourquoi nous tombons dans le piège de la population".

[iii] Lisez à ce sujet dans "En bref, insolite" à la page 110 "Comment le climat écrit l'histoire".

[iv] Le nom "florin" vient des florins d'or de la ville de Florence, appelés "florentins", d'où l'abréviation fl. Les florins d'or florentins contenaient environ 3,5 g d'or. Plus tard, le "florin" était également une unité de compte.
"Vers 1754, pour un florin, un maître devait travailler deux jours, un compagnon deux jours et demi et un journalier trois jours à 13 heures et demie chacun". (http://de.wikipedia.org/wiki/gulden#Der_Guldenen tant que_régime)

[v] Une corde de bois correspondait à environ trois mètres cubes.

[vi] Les ducats étaient des pièces d'or courantes en Europe, d'une pureté d'environ 3,44 g d'or. Kremnitz est une ancienne ville minière de Slovaquie.

[v] Lire à ce sujet dans "500 ans de Réforme" sous "Journées commémoratives", le chapitre "L'éthique protestante du travail".

[viii] La physiocratie ("domination de la nature") part du principe que seule la nature produit des valeurs et que, par conséquent, la terre est la seule source de richesse d'un pays.

[ix] Frédéric II de Prusse, surnommé "le Grand".